mercredi 10 juin 2009

S'en fout la mort

Le 29 mai 1997, Jeff Buckley se noie dans les eaux du Mississipi. Il laisse derrière lui de nombreux fans bouleversés , ainsi qu'une maison de disques que l'on imagine catastrophée de perdre brutalement son poulain qui venait d'effectuer des débuts fracassants avec son premier album. Si l'exploitation post mortem de la musique d'artistes fauchés en plein élan est vieille comme le rock (Jimi Hendrix : trois albums studio publiés de son vivant, des centaines d'autres depuis sa mort), on aura sans doute atteint des records de cynisme et de rapacerie dans le cas de ce pauvre Jeff Buckley. Le problème est que l'avalanche de chutes de studios, maquettes, et concerts apparus sur le marché ces dernières années ne sert guère la mémoire du défunt, contrairement à ce que voudrait nous faire croire sa mère qui supervise l'affaire en se portant garante de l'héritage artistique de son fils.
Pour une poignée d'inédits intéressants disséminés sur le double album Sketches for my sweetheart the drunk, combien d'enregistrements live fatalement redondants, Buckley n'ayant guère eu le temps de mettre au point un répertoire foisonnant avec un unique album au compteur... On croyait avoir atteint le summum avec la sortie d'un best of (!) l'an passé, mais Columbia continue de racler les fonds de tiroirs avec la compilation live Grace around the world qui atterrit ces jours-ci dans les bacs dans pas moins de trois éditions (dvd, cd + dvd, et version deluxe).
Voilà qui redonne surtout envie de reposer sur la platine Grace, la seule et unique œuvre aboutie de son auteur. Un seul album, c'est évidemment trop peu, et terriblement frustrant, mais combien de musiciens auront l'occasion dans toute leur carrière d'enregistrer quelque chose de ce calibre ? Et c'est tout ce qui, espérons le, restera d'ici quelques décennies, quand les vautours auront jeté leur dévolu sur une autre proie et que de nouvelles générations écouteront avec émerveillement pour le première fois So real ou Dream brother.

mardi 19 mai 2009

The boat that (almost) rocked

Au milieu des années 60, alors qu'une bonne partie de la jeunesse britannique cédait aux sirènes du rock'n roll, les radios officielles demeuraient bien frileuses dans leur programmation, et c’est aux radios pirates hébergées sur des navires au large des côtes anglaises que revint le privilège d’accompagner le déferlement de créativité qui s'abattit pendant quelques années sur le monde de la pop music, ces stations devenant de fait les porte-paroles de toute une génération. L'histoire fascinante de ces pionniers offrait un matériau intéressant pour un film; c’est aujourd'hui chose faite avec Good Morning England, titre « français » de The boat that rocked.
Personnages haut en couleurs, casting brillant, bande originale imparable constituée de standards sixties… sur le papier, Good Morning England à tout pour plaire. Pourtant il y a fort à parier que l’amateur de rock sortira de la séance, au mieux frustré, au pire irrité. Where have all the good times gone ?
Le problème se résume au nom du scénariste / réalisateur : Richard Curtis . Pour situer le bonhomme, si vous tombez en allumant votre téléviseur sur une comédie romantique dans laquelle Hugh Grant arbore cet air irritant entre niaiserie et cynisme ayant fait sa renommée, il y a de fortes chances pour que ce soit Curtis qui en ait signé le scénario. On ne s'étonnera donc pas de retrouver dans Good Morning England les grosses ficelles habituelles du "feel good movie" à l’anglo-saxonne. Alors oui, les personnages sont attachants, les dialogues font souvent mouche, et l'ensemble est emballé avec un savoir-faire auquel ne sauraient prétendre la majorité des comédies françaises (ici, sur un sujet similaire, nous aurions sans doute eu droit à Franck Dubosc en animateur de NRJ au début des années 80 lançant trois vannes miteuses sur l’ensemble du film, toutes soigneusement condensées dans la bande-annonce histoire de faire saliver le spectateur lambda).
Difficile pourtant de ne pas tiquer devant la reconstitution rose bonbon des sixties (qui comme chacun le sait était une période dorée ou tout le monde passait ses journées à écouter les Kinks dans la joie et la bonne humeur à l’exception de quelques rabats-joie en costard-cravate). Et quand le générique de fin fait défiler les pochettes de grands classiques de l’histoire du rock, au milieu desquels on reconnaîtra, entre un Nevermind ou un London calling, des albums des Black Eyed Peas (!) ou de Duffy (!!), l‘escroquerie devient manifeste.
A l'instar de ces publicitaires utilisant à longueur d’années les chefs-d'œuvre de la pop en guise de bande-son pour nous vendre leur camelote, Richard Curtis se sert du rock pour mettre un peu de piment dans sa soupe. Good Morning England est un film plaisant mais lisse, nettoyé de tout l'aspect subversif de la contre-culture qu'il prétend dépeindre. L’'Oeuvre définitive sur le sujet reste donc à tourner.

Une proposition que vous ne pouvez pas refuser

Dans la série « on se demande pourquoi ce film n’est toujours pas sorti pas en France », voici The Proposition, de John Hillcoat.
Australie, fin du 19ème siècle. Le capitaine Stanley (Ray Winstone) est à la poursuite du sanguinaire bandit de grand chemin Mike Burns (Danny Huston). Il parvient à capturer ses deux frères et propose à l’ainé Charlie (Guy Pearce) de débusquer Mike et de le tuer, faute de quoi le benjamin de la famille sera pendu à sa place. Pendant que Charlie part en territoire hostile à la recherche de Mike, Stanley est tourmenté par des dilemmes moraux sous le regard désemparé de sa femme (Emily Watson).
Auteur du sombre Ghosts of the civil dead, John Hillcoat souhaitait mettre en images un western typiquement australien qui lui permettrait de traiter en filigrane de l’histoire tourmentée de son pays, et en particulier des rapports entre aborigènes et immigrants britanniques. Il a confié à son ami musicien Nick Cave la tâche d’en écrire le scénario, et Cave dont c’est le premier travail de ce genre s’est admirablement acquitté de la tâche. L’histoire donne le temps à tous les personnages d’exister, et dépeint sans emphase mais avec beaucoup d‘humanité, les rapports de haine ou d’affection qui les divisent ou les unissent.
Car il est au fond beaucoup question d’amour dans ce film par ailleurs âpre, violent, et formellement très abouti , bénéficiant d’une bande originale envoûtante signée… Nick Cave, évidemment.
On reparlera bientôt de John Hillcoat puisqu’il vient de signer l’adaptation du roman de Cormack McCarthy, La Route, avec Viggo Mortensen dans le rôle principal.
The Proposition est disponible en import blu-ray (non zoné, sous-titré en anglais) édité par First Look Entertainment.

dimanche 19 avril 2009

Etre et avoir été

Tout commence par un coup de foudre... une chanson entendue à la radio, un album recommandé par un ami,un concert où vous avez mis les pieds un peu par hasard... Tout d'un coup c'est l'obsession, cet artiste ou ce groupe que vous venez de découvrir parait ne s'adresser qu'à vous, les paroles vous parlent, bientôt c'est la lune de miel, d'ailleurs vous emmenez partout avec vous le baladeur contenant le précieux sésame musical...
Les années passent, l'histoire d'amour perdure mais se fait plus raisonnée, vous prenez un peu de recul et jugez peut être plus sévèrement les nouveaux albums de votre groupe fétiche. Passée une décennie de cohabitation musicale, l'usure commence à se faire sentir, vous lorgnez de plus en plus ouvertement sur ces nouvelles formations dont se gargarisent les magazines. Les rapports avec vos idoles d'antan s'espacent, leurs cd se faisant plus rares sur votre platine... parfois, vous repensez avec nostalgie à ces premiers instants de découverte, ces moments où
la musique vous paraissait une force vitale, irrésistible.
Ceux qui ont été un jour été fans hardcore d'une formation se reconnaitront peut être dans les lignes qui précèdent, notamment si - comme l'auteur de ces lignes - ils ont été adolescents dans les lointaines années 80, et ont vu débarquer en 2009, en l'espace de quelques semaines, de nouveaux albums signés U2, Prince ou Depeche Mode.
Quand on atteint les 30 ans de carrière, la question n'est généralement plus de sortir un chef d'œuvre susceptible de mettre tout le monde à genoux, mais plutôt de produire un album suffisamment digne et efficace pour ne pas ternir une image de légende du rock et atterrir illico dans la catégorie des has been que l'on a vaguement honte d'avoir écouté en boucle à l'époque du lycée. Et à ce petit jeu, certains s'en sortent mieux que d'autres. Depeche Mode par exemple n'a jamais sorti de disque franchement mauvais, même si le mal nommé Exciter de 2001 marquait un certain essoufflement. Le DM cuvée 2009, Sounds of the universe, est plutôt un bon cru. Il se contente certes de synthétiser les différents aspects de la discographie du groupe - electropop sautillante (In sympathy), ballade aux accents gospels (In chains), blues synthétique (Miles away) - mais le songwriting de Martin Gore (renforcé par celui de Dave Gahan depuis Playing the angel) arrive toujours à creuser l'écart avec tous ces petits jeunots influencés par cette vénérable institution qu'est devenu le trio.

Le cas de Prince est plus épineux. Beaucoup de fans lassés par des années d'albums médiocres et une carrière chaotique ont depuis longtemps jeté l'éponge. C'est donc avec la plus grande méfiance que l'on découvre la nouvelle livraison princière, composée de pas moins de trois albums distincts. Passons rapidement sur Elexer (chanté par la dernière "protégée" de Prince en date, une certaine Bria Valente), et MPLSound (orienté funk, globalement consternant) pour nous attarder sur LotusFlow3r, annoncé comme "l'album rock" du lot.
Ce qui n'est pas tout à fait exact puisqu'il s'autorise quelques embardées jazzy sur certains titres. Prince a beau être un authentique guitar hero sur scène, il a rarement fait étalage de ses talents guitaristiques sur un LP complet, à l'exception du très décevant Chaos & Disorder, et du fabuleux (mais pas tout à fait "officiel") The Undertaker.
Ce dernier est d'ailleurs ouvertement cité dès l'intro de LotusFlow3r, clin d'oeil renforcé par la présence de musiciens similaires (l'incroyable section rythmique Sonny T / Michael B). Soyons francs, Prince n'a plus la capacité d'écrire à tour de bras des classiques instantanés et ce n'est certainement pas ce nouvel opus qui va inverser la tendance. Néanmoins, l'ensemble peut s'écouter quasiment en intégralité sans avoir à abuser de la touche next de la télécommande (à l'exception d'un abominable instrumental en milieu de disque). Son hommage à Hendrix, Dreamer, fait même franchement plaisir à entendre avec ses solos de guitare totalement hors norme. Cela suffira-t-il à raviver la flamme chez ses fans déçus, rien n'est moins sûr, mais ceux qui auront fait l'effort de se procurer l'objet pourront se dire, soulagés, que cet album-ci ne prendra au moins pas trop la poussière sur une étagère.

samedi 18 avril 2009

England's best kept secrets

C'est un vendredi soir au mois d'avril à Paris. Le Bataclan n'affiche pas vraiment complet le temps d'un festival regroupant diverses formations anglo-saxonnes. En tête d'affiche, Elbow, groupe qui en l'espace de quatre albums a séduit un large public outre-manche tout en se mettant la critique dans la poche (ils ont notamment remporté le prestigieux Mercury Prize). En France leurs précédents opus sont sortis dans l'indifférence générale et le dernier en date a mis de longs mois avant d'être distribué en catimini par Universal.
Ce désintérêt du public hexagonal est cependant une aubaine de nombreux fans anglais présents ce soir-là, contents de pouvoir assister à un set de leurs héros dans une salle à taille humaine.
90 minutes époustouflantes plus tard, le mystère reste entier : comment un groupe aussi brillant peut-il décemment rester dans l'ombre de Coldplay (rayon pop guimauve) ou de Radiohead (rayon pseudo-expérimentalo-pouet-pouet) ?
Peut-être à cause du manque de prétention apparente de ces musiciens, dont les chansons sont pourtant mille fois plus aventureuses que celles de la majorité de leurs contemporains, mais ne s'ornent d'aucun vernis branchouillo-people susceptible d'exciter les journalistes de la presse musicale pour bobos (suivez mon regard...).

Même cas de figure pour les Doves, autre groupe dont l'excellence a bien du mal à traverser le chanel. Le chanteur ressemble à Oliver Reed, ses acolytes ont le charisme d'une table en formica; bref,les choses sont mal engagées malgré l'accueil bienveillant réservé à leur second LP, The last broadcast (le troisième étant considéré à tort comme moins réussi).
Ces acharnés ont passé des années en studio à peaufiner leur dernière œuvre, Kingdom of rust. Et cela s'entend, vraiment. Production finement ciselée, morceaux variés, ambiances cinématographiques - l'expression est galvaudée, mais parfaitement adaptée ici. Un album à l'ancienne, dont on ne fait certainement pas le tour en quelques écoutes, et qui ne se consomme pas débité en tranches sur le iTunes store. Autrement dit, une rareté, presque un anachronisme. Souhaitons aux Doves de prendre cette fois leur envol (rien de tel qu'un jeu de mot moisi façon Inrocks pour terminer une chronique musicale écrite à une heure tardive...).

http://www.myspace.com/elbowmusic
http://www.myspace.com/dovesmyspace

dimanche 8 mars 2009

Les Hauts de Yoshida

Peu connue en occident, la filmographie de Kijû Yoshida a fait l'an dernier l'objet d'une rétrospective importante au Centre Pompidou. Carlotta édite aujourd'hui une dernière salve de 5 DVD, de laquelle se détache une adaptation des "Hauts de Hurlevent" tournée en 1988. C'est le seul film en costumes de Yoshida, qui bénéficiant de moyens plus importants qu'à l'accoutumée, transpose le roman d'Emily Brontë dans le Japon médiéval. Dans son introduction, Yoshida déclare avoir voulu aller au-delà des cliché romantiques souvent associés aux adaptations de l'œuvre pour raconter, plus qu'une histoire d'amour impossible, une tragédie ou le sexe et le désir jouent un rôle primordial.
Meurtre, suicide, viol, inceste, "Les Hauts de Hurlevents" version Yoshida serait un catalogue de séquences éprouvantes s'il ne s'agissait également d'une œuvre d'une indéniable beauté picturale, chaque plan étant composé avec la plus grande minutie, évoquant le "Château de l'araignée" de Kurosawa dans sa description d'un Japon plongé dans les ténèbres et la superstition.
Un film impressionnant proposé dans une édition DVD soignée, proposant en bonus un intéressant making-of avec de rares images de Yoshida au travail.

dimanche 1 février 2009

2009, année Argento ?

A l’instar de John Carpenter ou George Romero, Dario Argento n’aura bénéficié que d’une reconnaissance tardive de la critique dite "sérieuse", sortant du ghetto réservé aux auteurs de films fantastiques au moment où sa carrière prenait l’eau et qu’il enchaînait des films indignes de son talent. Après le consternant Mother of Tears / La Terza Madre, c’est sans grande impatience que l’on attend son nouveau projet pour 2009, Giallo, un titre qui ressemble fort à un aveu d’impuissance créative, l’homme semblant désormais résigné à rester enfermé dans ce genre qu’il aura façonné quasiment à lui seul durant les années 70.
Et ce sont justement ses géniales œuvres des seventies, aujourd’hui réévaluées, qui vont bénéficier d’un traitement de faveur en 2009 pour leur (re)sortie en vidéo.
L’éditeur US Blue Underground qui proposait déjà en blu-ray Stendhal Syndrome va prochainement nous permettre de visionner en haute définition L’oiseau au plumage de cristal, premier film d’Argento tourné en 1970 et véritable coup de maître, le jeune metteur en scène faisant d’emblée preuve d’une maîtrise visuelle saisissante.
Véritable Saint Graal des Argentophiles, Quatre mouches de velours gris tourné en 1971 était tout simplement invisible depuis de nombreuses années pour d’obscures raisons de droits. Il va enfin bénéficier d’une sortie officielle en DVD zone 1 chez Mya Communication. Une sortie très attendue donc; dans l’immédiat il est possible de se procurer une très belle édition vinyle du score d’Ennio Morricone sur le label Dagored.


Enfin le classique absolu Suspiria va quant à lui sortir en Blu-ray chez nos voisins italiens. S’il est un film d’Argento qui devrait se révéler spectaculaire en haute définition, c’est bien celui là. Encore quelques mois à patienter…

Le support qui ne voulait pas mourir

Increvable vinyle… alors que l’industrie du disque va de mal en pis (une affirmation à nuancer, d’après cette enquête du magazine Que Choisir), que la musique se consomme de plus en plus fréquemment sous forme de fichiers numériques stockés sur nos disques durs, et que certains prédisent la disparition pure et simple du CD, voici que les ventes de 45 et 33 tours repartent à la hausse. Le phénomène est particulièrement frappant en Angleterre ou les ventes de vinyl singles talonnent celles des CD 2 titres et où les albums récents bénéficient quasiment tous désormais d’une édition 33 tours. Si le vinyle avait traversé les années 90 avec l’aide des mouvements hip-hop et techno qui l’utilisaient avant tout comme outil de travail, c’est l’engouement actuel pour le rock qui l’aura remis véritablement sur le devant de la scène. Au même titre que la Stratocaster et la paire de Converse, le disque noir fait partie de la panoplie du parfait petit rocker en 2009, apportant une touche de crédibilité vintage. On ne s’étonnera donc pas de voir des gamins de 13 ans fouiller dans les bacs à la recherche d’une réédition d’un obscur groupe sixties chez Gibert un samedi après-midi. Par ailleurs l’arrivée sur le marché de platines audiophiles abordables comme celles de la marque Pro-ject aura permis à un plus large public de découvrir ce que les férus de hi-fi savaient depuis longtemps déjà : contrairement à ce que l’on nous a voulu nous faire croire depuis les années 80, le numérique n’est pas nécessairement la panacée et l’écoute d’un bon pressage sur une platine de qualité offre une expérience auditive souvent plus satisfaisante qu’avec le CD.
Enfin le vinyle demande une attention particulière, nous force à écouter réellement la musique là ou nos iPods ne servent trop souvent qu’à créer une sorte de papier peint sonore constitué d’une interminable liste de morceaux.
Ironie du sort, les majors qui avaient tout fait pour éradiquer telle une mauvaise herbe le vinyle à la fin des années 80 pour le remplacer par le CD veulent aujourd’hui une part du gâteau alors que ce sont de petits labels spécialisés dans les rééditions de qualité (Sundazed, 4 men with beards , Classic records et bien d’autres) qui ont fait prospérer ce marché laissé en friche. Depuis quelques mois une maison de disques universelle met en place chez les disquaires des présentoirs annonçant fièrement des rééditions luxueuses afin de célébrer le « 60ème anniversaire du vinyle ». Un coup d’œil aux références proposées laisse perplexe: certaines pochettes ressemblent à de grossiers agrandissements des livrets des éditions CD, incitant à la méfiance. L’écoute d’une réédition soi-disant audiophile du second album de Roxy Music proposée par EMI confirme l’étendue des dégâts : malgré le pressage « 180 grammes » censé présenter une écoute optimale, la qualité sonore est franchement médiocre et donne la nette impression d’avoir affaire à… un vulgaire repiquage du CD. Une fois de plus les majors prennent leurs clients potentiels pour des vaches à lait, sciant inexorablement la branche sur laquelle elles sont assises …

Merci à Gilles et Angélique pour le lien indiqué plus haut

mardi 6 janvier 2009

Les inédits de 2008

Hasard ou frilosité des distributeurs, trois des meilleurs films de 2008 ne sont pas sortis en salles dans l'hexagone. Magie de l'import et d'internet (hum...) il est possible de découvrir ces perles chez soi, en espérant qu'une diffusion au cinéma en 2009 leur permettra de toucher un plus large public.


The Fall - Tarsem Singh
Produit par David Fincher et Spike Jonze, excusez du peu, le second long métrage de Tarsem (après le discutable The Cell - ah, Jennifer Lopez en psy, on en ricane encore) est un réel enchantement visuel tourné aux quatres coins de la planète. Malgré quelques "emprunts" peu discrets à des films tels que Baraka ou La montagne sacrée, The Fall séduit et constitue une sorte de pendant ludique et coloré au Labyrinthe de Pan de Del Toro. Peut être trop enfantin pour le public adulte et trop violent pour les enfants, ce n'est pas le film le plus évident du monde à "vendre" et marketer mais il mériterait largement d'être (re)découvert sur grand écran.

All the boys love Mandy Lane - Jonathan Levine
Malgré un accueil enthousiaste dans les festivals le premier film de Jonathan Levine - dont le second projet The Wackness est lui déjà sorti dans les salles françaises - tarde à faire son apparition et il faut se tourner vers l'angleterre pour se le procurer en DVD ou Blu-ray. C'est d'autant plus inexplicable que cette petite bombe à tout pour séduire nos amis les djeunzes friands de films où des teenagers se font débiter en tranches par un tueur sadique. On est loin toutefois d'un ersatz de Saw puisque le métrage démarre comme une chronique ado mélancolique avant d'effectuer un virage surprenant vers le cinéma d'horreur. Et des surprises il y en bien d'autres dans ce film par ailleurs excellement interpreté, à découvrir d'urgence...

Los Cronocrimenes (Timecrimes) - Nacho Vigalondo
Alors qu'en France "cinéma de genre" rime le plus souvent avec gore idiot ou prétention auteurisante (voire les deux en même temps), nos voisins espagnols alignent avec une régularité de métronome des films fantastiques efficaces et inventifs. Toute une génération de cinéastes talentueux est ainsi apparue; ils se nomment Amenabar, Cerda, Plaza, Balaguero, et on pourra désormais ajouter à la liste Nacho Vigalondo qui frappe fort dès son premier essai avec ce Cronocrimenes en apparence modeste, mais qui maintient le spectateur en haleine du début à la fin grâce à une mise en scène parfaitement maitrisée et surtout un scénario ingénieux digne d'un bon vieil épisode de la Quatrième dimension. Evidemment des producteurs américains sont déjà sur les rangs pour en tirer un remake; aux dernières nouvelles il pourrait bien être réalisé par David Cronenberg...

dimanche 14 décembre 2008

Blu-Ray : Les bons, les brutes, les truands

Vous avez décidé malgré la crise de casser votre tirelire pour vous offrir un magnifique écran Full HD de 52 pouces, ridiculisant au passage votre collègue Gérard qui vous rabat les oreilles devant la machine à café depuis un an avec son écran HD ready de 42 pouces qui lui a coûté un bras. Bravo ! Vous allez pouvoir l'humilier pendant au moins quelques mois, le temps que votre matériel ne devienne obsolète grâce aux dernières trouvailles technico-marketing des firmes nippones et coréennes ... Reste qu'avoir un écran Full HD pour se délecter des trépidantes aventures de Julie Lescaut sur TF1, c'est un peu dommage. Il vous faut une source digne de ce nom, capable de transcender les pixels de votre téléviseur... bref, il vous faut un lecteur Blu-Ray.
Les prix ont largement baissé, l'offre de films s'est agrandie, c'est donc le moment d'investir. Malheureusement, comme en matière de DVD, il y a à boire et à manger dans l'offre des éditeurs. Pour vous éviter de claquer vos euros dans des disques de qualité douteuse, et comme je suis un mec sympa, j'ai fait une petit classement qualitatif des disques que j'ai pu visionner. Attention, il ne s'agit pas d'un jugement de valeur sur la qualité artistique des ces films, je ne fais référence ici qu'à la qualité technique (image, son, bonus...)
LES BONS :
Pas des références absolues en terme de qualité mais vous ne regretterez sans doute pas de les ajouter dans votre collection.
Les affranchis, L'assassinat de Jesse James, Bullit, Bonnie & Clyde, Casanova, Délivrance, Dogday Afternoon (import), Gattaca, Impitoyable, L'inspecteur Harry, Into the wild, Mad Max 2, Miami Vice, La Mouche, Le Parrain, Le Prestige, La prisonnière du désert, Rio Bravo, Shining, Sympathy for the devil, Starship Troopers, There will be blood, Voyage au bout de l'enfer, X-Men 3, Incubus : live at Red Rocks, The Black Crowes : Freak'n roll into the fog, Led Zeppelin : The song remains the same (import)
LES BRUTES :
Si vous voulez frimer devant vos amis lors d'une soiré pizza en leur faisant la démo de votre installation.
2001, Batman begins, Blade Runner, Hot Fuzz, Je suis une légende, NIN : Beside you in time, Ratatouille, Pixar: les courts-métrages, The Thing, Zodiac, tous les James Bond à l'exception de Meurs un autre jour...
LES TRUANDS :
A peine meilleur que les éditions DVD vendues deux ou trois fois moins chères...
28 semaines plus tard, Les 400 coups, Casino, Dawn of the dead (78), Die Hard, Dracula, Edward aux mains d'argent, From Hell

dimanche 9 novembre 2008

Born to lose (Part 1)

Pour le non-musicien, le choix du nom d'un groupe demeure un processus pour le moins mystérieux.
A l'issue de quelle soirée de beuverie, ou de quel brainstorming intensif, nos artistes favoris ont-ils décidé du patronyme qui allait les suivre durant leur plus ou moins longue carrière scénique et discographique ? Parfois, ce choix peut s'avérer désastreux. Bien sûr, un nom de groupe merdique n'a jamais été un obstacle majeur dans la route vers le succès; sinon la moitié des formations apparues durant les effroyables années 80 n'auraient jamais vendu le moindre 45 tours. Souvenons-nous de ces Frankie Goes To Hollywood, Johnny Hates Jazz, Curiosity Kiled The Cat, Sigue Sigue Sputnik et tant d'autres... Et même, pour citer enfin un bon groupe, Depeche Mode. Parce que bon,f ranchement, vous trouvez que ça sonne bien, Depeche Mode ? Leurs fans se rappellent avec effroi des navrantes contrepétries auquelles se livraient leurs détracteurs dans les cours de tous les lycées de France et de Navarre...
Il arrive toutefois que certains groupes s'affublent de noms tellement grotesques, affreux, ridicules, que même avec la meilleure volonté du monde, il parait quasi-certain qu'ils n'attireront jamais autre chose que les moqueries de leurs contemporains. Afin d'illustrer ce propos, attardons-nous quelques instants sur un véritable cas d'école : Salad.
Salad, groupe anglais du milieu des années 90 dont les membres auraient mieux fait de se casser un jambe plutôt que de se rendre à cette fatidique réunion - sans doute arrosée à la Lager frelatée - durant laquelle ils choisirent d'utiliser ce qui est, sans hésitation possible, l'un des pires noms de groupe de l'histoire de la
pop music. Franchement, vous acheteriez un disque de Salad, vous ? Non. Et c'est bien dommage car Salad était par ailleurs un chouette groupe de rock indé, capable de balancer sur son premier album ('Drink me' ,1995 ) une poignée de classiques instantanés. La preuve avec tout d'abord, l'épatant mini-tube 'Drink the elixir'.


Et puis il y a ce merveileux 'Motorbike to heaven', véritable ôde à la rèverie et à la ballade motorisée en rase campagne anglaise, bande-son idéale d'un remake fantasmé de 'The Avengers'. Car on s'attend en l'écoutant, à voir débarquer d'un instant à l'autre Emma Peel et John Steed, pourchassant quelque savant fou...


Motorbike to Heaven



Salad, deux petits albums et puis s'en vont, c'était, me direz-vous, un peu joué d'avance.
Si vous tombez un jour sur 'Drink me' au détour d'un bac à soldes, vous avez ce qui vous reste à faire. Après tout le ridicule ne tue pas et si vous recevez des amis mélomanes, vous pourrez toujours le planquer discrètement, tout en haut de l'étagère à CD...

Grand National


Pour commencer rendons à César ce qui appartient à César : le titre de ce blog provient du second album de l'excellent groupe anglais Grand National, "A drink and a quick decision".
Si vous ne les connaissez pas encore une visite sur leur page myspace s'impose.